L’Armorique et les Romains
Avant la conquête romaine, l’Armorique péninsulaire (le territoire qui correspond à l’actuelle Bretagne) était constituée pour l’essentiel de cinq peuples : les Namnètes (au nord de
l’estuaire de la Loire) et les Riedones (répartis sur une partie de l’Ille-et-Vilaine et de la Normandie actuelles) se partageaient l’est de la péninsule, les Coriosolites (au nord) et les
Vénètes (au sud) occupaient le centre de l’Armorique, tandis que les Osismes vivaient sur la partie ouest.
Les Vénètes étaient d’importants commerçants et possédaient une flotte puissante. Ils pratiquaient le commerce aussi bien avec la Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) qu’avec l’Italie. Mais en 58
av.J.-C., César, devenu gouverneur de Gaule Transalpine et Cisalpine, compte occuper la Bretagne afin de surveiller les échanges commerciaux entre Bretons et Gaulois. Cela suscite le
mécontentement des Armoricains dont le commerce pourrait perdre de son importance au profit de Rome. En 56, une disette de blé frappant la région, les Romains s’accaparent le grain de la région
des Vénètes. Ces derniers se rebellent mais leur révolte est vite matée et leur flotte détruite par les Romains.
Une fois l’Armorique soumise, l’empereur Auguste l’intègre à la province de la Gaule lyonnaise (elle-même partie intégrante de l’Empire romain) et tente de la romaniser. Cela passe par la
fondation de villes sur le modèle romain. Ainsi, les Romains créent, au confluent de la Loire et de l’Erdre, Condevicnum (Nantes), qui devient la capitale des Namnètes ; Condate (Rennes),
autour des Riedones, au confluent de l’Ille et de la Vilaine ; Darioritum (Vannes), chez les Vénètes ; Fanum Martis (Corseul), sur le territoire des Coriosolites ; Vorgium (Carhaix), à
l’ouest de l’Armorique. Les villes armoricaines épousent l’aspect de l’urbanisme romain (plan orthogonal, temples, aqueducs, thermes) et des axes routiers sont créés pour relier l’Armorique au
reste de la Gaule.
Darioritum
Les Vénètes, du fait de leur prestige économique, sont sans doute le peuple armoricain le plus connu. Arrêtons-nous un instant sur la fondation de leur capitale, Darioritum. Le site de la
capitale des Vénètes est occupé depuis le Ve siècle av.J.-C., et se situait probablement à l’emplacement de Locmariaquer. Darioritum est fondée après la victoire de César contre les Vénètes, au
Ier siècle av.J.-C., et se développe dans l’actuel quartier de Saint-Patern, autour d’un forum et d’un port. A la fin du IIIe siècle ap.J.-C., les habitants se replient sur la colline du Mené et
y construisent une muraille. (Pour plus d'informations sur l'histoire de Vannes, voir Bretagne : Morbihan )
L’Armorique ou la Bretagne ?
L'Armorique est, dans l'Antiquité, le nom donné à la péninsule que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Bretagne, et s'étend jusqu'au pays de Caux, en Normandie. La Bretagne désignait
l'île de l'actuelle Grande-Bretagne.
Au VIe siècle, l’Armorique péninsulaire, surtout la moitié occidentale, voit arriver de nombreux Bretons, chassés de leur île par les invasions saxonnes mais aussi celles des Scots. Ces arrivées
en masse se retrouvent dans les toponymes : le nord de la péninsule armoricaine reçoit le nom de Domnonée, le sud-ouest celui de Cornouaille, qui sont des noms de territoires bretons. C’est
alors que l’on commence à parler de Bretagne pour évoquer cette partie de l’Armorique, et de Bretons pour ses habitants.
Le règne de Nominoë (831-851)
Depuis le Ve siècle, les relations entre Bretons armoricains et Francs mérovingiens étaient houleuses, les Francs n’ayant de cesse de vouloir contrôler la péninsule. En 753, le roi Pépin le Bref,
l’un des premiers
représentants de la dynastie carolingienne, conquiert Vannes et instaure, afin de contenir les velléités
bretonnes, la Marche de Bretagne, constituée de Nantes, Vannes et Rennes. Cela ne mit pas fin aux hostilités et l’empereur Louis le Pieux, fils et successeur de Charlemagne, eût l’idée en 831 de
calmer les Bretons en nommant à leur tête l’un des leurs, en la personne de Nominoë, membre de l’aristocratie bretonne alliée aux Carolingiens.
Nominoë est l’un des gouverneurs bretons les plus connus, en raison de son action pour l’unification et l’indépendance de la Bretagne. Il est considéré comme le père de la « nation
Bretagne », mais reste fidèle à Louis le Pieux. A la mort de ce dernier, en 840, il engage la Bretagne sur la voie de la liberté et se révolte contre Charles le Chauve, fils de Louis le
Pieux, puis le vainc, affirmant ainsi la puissance et l’indépendance de son pays. Il lance des expéditions armées et s’empare de Rennes et de Nantes, avant d’envahir l’Anjou et le Maine.
Erispoë (851-857) et Salomon (857-874)
A la mort de Nominoë, en 851, son fils Erispoë hérite de la Bretagne mais devient vassal du roi de France, qui lui accorde en échange le titre de « roi des Bretons ». Par ailleurs, le
fils de Charles le Chauve épouse la fille d’Erispoë. Salomon, cousin d’Erispoë, désapprouve ce rapprochement avec la Francie occidentale de Charles le Chauve et fait assassiner le roi breton,
auquel il succède en 857. La Bretagne de Salomon acquiert de nombreux territoires dont une partie du Maine et le Cotentin, accordés par le roi de France en échange de la fidélité bretonne.
Salomon règne jusqu’en 874, date à laquelle il est assassiné suite à une conspiration entre des aristocrates francs, son gendre et celui d’Erispoë.
C'est donc avec Erispoë que commence l'histoire de la Bretagne royale, royaume que Salomon porte à son apogée pour la période du haut Moyen Âge. On parle alors de "rois de Bretagne", et non pas
encore de ducs.
L'extension bretonne au haut Moyen Âge
Voici un aperçu des conquêtes bretonnes de Nominoë à Salomon.
Le territoire à l'ouest de Vannes et de Rennes (mauve) correspond à celui de la Bretagne vers 778. En rouge, c'est le territoire accquis par Nominoë ; en marron (Cotentin) et en violet (Maine),
les terres obtenues par Salomon.
La ligne verte, à l'ouest de Rennes et de Vannes, est la frontière occidentale de la Marche de Bretagne.
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